Dernier chapitre Toute l'histoire

L’agence de Miss Angie est un peu spéciale. Elle résout vos problèmes, quels qu’ils soient ! Bien sûr, il n’y a rien de magique derrière cela et certaines règles sont à suivre. L’agence ne tue personne, ne ressuscite pas les morts, ne rend pas riche du jour au lendemain ni ne fait tomber amoureux. Quoi que… Suivez chaque semaine la première mission de Miss Angie. Chapitre par chapitre, vous découvrirez comment cette jeune femme excentrique parvient à des solutions étonnantes. Une web story d’un nouveau genre. Une nouvelle façon de lire.

CHAPITRE 1 Quand Miss Angie s’habille - un peu d’originalité que diable !

Mon réveil se met à sonner. Maudit soit-il. Ce malotru hurle dans toute la pièce. Morphée se carapate sans demander son reste. Je reste sous la couette. Le temps va peut-être m’oublier ? La sonnerie me vrille toujours les tympans. Dans un sursaut de courage, je tends mon bras pour atteindre le réveil. En vain. Évidemment, hier soir, j’ai eu la brillante idée de le déposer à l’autre bout de ma chambre. Méthode efficace pour sortir du lit. Efficace mais ô combien désagréable.
À cet instant, je déteste la Miss Angie d’hier.
Miss Angie, c’est moi. Depuis ma naissance, il y a une trentaine d’années, je n’ai pas vécu de matin que je n’aie maudit. Je possède d’innombrables qualités et un terrible défaut : impossible de me réveiller facilement. Remarquez je me soigne et une fois levée rien ne peut plus m’arrêter. Encore faut-il que je sorte de dessous ma couette.
Après un travail mental épuisant et une recherche de mantra approprié (« j’ai envie de me lever, j’ai envie de me lever »...), je me retrouve les deux pieds sur le parquet, transie de froid.
J’ouvre la fenêtre de ma chambre pour aérer. Dehors, les badauds sont déjà nombreux dans la rue de l’Ancienne Comédie. Paris se réveille bien avant moi. Heureusement. Le froid s’engouffre dans la pièce. Le printemps pointe son nez mais le vent reste glacial.
Sans plus attendre, je me précipite dans la salle de bain.
Mon rendez-vous est prévu pour 9h30.
Il est 8h30 passées. Les minutes sont comptées.
Après de rapides ablutions, je me plante devant la penderie du couloir. Un nouveau coup d’œil à la fenêtre pour juger du temps. La robe beige sera parfaite. Un chapeau, une paire de bottes noires et une capeline finiront d’accessoiriser la tenue.
J’enfile ma robe et me tortille pour fermer tous les boutons. Je mettrais beaucoup moins de temps en jean et t-shirt. Mais mon reflet mon réconforte. Pour rien au monde, je ne m’habillerais différemment. Ces robes d’époque, la Belle Époque bien sûr, me siéent à ravir. Un peu d’originalité que diable ! Corsets et jupes longues me dessinent une silhouette oubliée. Depuis près de dix ans, ma garde-robe ressemble aux coulisses des théâtres.
9h15. Si jamais mon client est du genre ponctuel, je suis dans de beaux draps.

CHAPITRE 2 Quand une journée commence

Pas le temps de prendre un petit déjeuner. Je m’offrirai un café et une énorme tartine après mon rendez-vous. Enfin si celui-ci ne s’éternise pas, ce que j’espère. L’homme au téléphone m’a paru assez désagréable. Peut-être avait-il une excellente raison de l’être : était-il au volant de sa voiture et un motard lui aurait grillé la priorité ? Installé à son bureau, son ordinateur a pu exploser ou peut-être que cet homme est téléphonophobe ? Allez savoir.

En retard, je vais être en retard. Je sors de mon petit appartement et je cours dans le couloir de mon immeuble. Mes bottes font un bruit du diable sur le carrelage. J’attrape le bas de ma robe pour dégager mes pieds et file dans l’escalier.
Trois étages plus bas, je croise la gardienne. Je la déteste. Mauvaise femme, elle passe son temps à persifler sur les habitants de l’immeuble. Pour ne rien arranger, sa laideur soulève le cœur. On ne sait plus très bien si sa méchanceté a déteint sur son visage ou si cette laideur l’a rendue mauvaise.
Elle se tient voûtée dans le couloir près de la sortie, un balai entre les mains. Il ne lui sert à rien. Elle reste à ce poste clé uniquement pour savoir qui part, qui entre et qui commence sa journée en retard. Un horrible foulard marron avec de grosses fleurs jaunes lui enserre la tête. Toujours le même foulard depuis mon arrivée dans l’immeuble. Il y a six ans. Sur son visage, tout est disproportionné. Un gros nez pour sentir d’où vient le vent, des petits yeux pour regarder sans se faire voir, des lèvres trop fines pour sourire et des dents immenses pour mordre les mollets du pauvre facteur qui redoute chaque jour de nous apporter notre courrier.
Ceci dit, notre immeuble peut s’enorgueillir de n’avoir subi aucun cambriolage depuis un bon moment. Les voleurs doivent tenir à leurs mollets bien plus qu’on ne le pense.
Sans même m’arrêter, je la salue d’un large sourire. Mieux vaut ne pas se la mettre à dos.

Arrivée dans la rue, le froid me saisit et la luminosité de cette belle matinée m’éblouit. Je réajuste mon chapeau qui, après ma course effrénée, me tombe sur les yeux. Comme tous les jours, les passants me regardent étonnés. Pourquoi suis-je habillée ainsi ? Qui suis-je ? Une comédienne attendue pour le tournage d’un film d’époque ou une folle évadée ?

Je travaille à quelques blocs d’immeubles de là. En dix minutes à peine, je me retrouve dans la cour de mon agence. J’adore ce petit coin de verdure. Dès le printemps, il me transporte à la campagne. Pour l’heure, les arbustes dorment encore sous leurs voiles d’hivernage.
Un tour de clé dans la serrure et je pousse la porte de mon bureau. Un léger carillon se déclenche. Ce bruit me rappelle ces vieilles boutiques où le propriétaire n’apparaît qu’une fois la sonnette déclenchée. Lumineux et spacieux, mon bureau est presque vide. Je n’ai jamais pris le temps de l’aménager et aujourd’hui j’apprécie cette ambiance épurée tellement différente du capharnaüm de mon appartement.
Je dépose mon large chapeau sur le portemanteau et me dirige vers la machine à café.
9h30. Je dois me dépêcher.

Chapitre 3 : Quand un troupeau de rhinocéros s’approche

Le café se prépare et répand une bonne odeur dans tout mon bureau. J’ai juste le temps de m’asseoir devant mon ordinateur et de l’allumer lorsque j’aperçois du mouvement dans la cour. Mon client.
Quelques secondes plus tard, le carillon de la porte d’entrée retentit. L’homme n’a même pas pris la peine de frapper à la porte. Ma mauvaise impression sur lui se renforce.
Il se précipite sur moi, la main tendue. J’ai l’impression que c’est tout un troupeau de rhinocéros qui me fonce dessus. Isolée dans la savane, au loin une poussière opaque se rapproche prête à me faire voler en éclats.
L’homme est énorme. Une masse. Un mur. Une armoire. Je ne l’imaginais pas si imposant. Mes recherches sur lui et ses photos ne rendaient pas hommage à sa carrure.
Nestor Clucks est un homme riche. Très riche. Patron d’une banque française, on ne parle jamais de lui dans la presse mais il amasse plus d’argent qu’aucun homme politique. Pour vivre riche, vivons cachés.
Le gros monsieur, après m’avoir broyé la main, s’assoit, sans y être invité, sur le fauteuil en face de mon bureau. Sourire aux lèvres, je lui accorde un : « Je vous en prie, asseyez-vous ». Cela ne sert à rien sauf à me soulager. Le fauteuil a poussé un cri de désespoir. J’ignore si M. Clucks pourra en sortir un jour. Pendant quelques secondes, nous nous jaugeons mutuellement. Il m’inspecte de la tête aux pieds avec une moue amusée. J’en profite pour l’examiner et en apprendre davantage sur lui. La suite de ma mission en dépend.
Ses vêtements sont magnifiquement coupés. Un exploit pour un homme de sa corpulence. La couleur indéfinie de sa cravate en revanche me prouve qu’aucune femme ne l’aide dans ses choix. Il a l’habitude de tout contrôler. Autour de son gros poignet trône une montre à sa mesure : gigantesque. J’ai l’impression qu’elle lui mange tout l’avant-bras. Elle avance de cinq minutes.
Je pars me servir un café.
« Avec plaisir », réclame mon client à qui je n’ai absolument rien demandé. Il sort de sa poche un sachet de boulangerie et en un rien de temps, avale une dizaine de chouquettes. Impressionnant. J’aurais apprécié qu’il m’en propose.
« Avez-vous prévu d’aller à un bal costumé ? » m’interroge-t-il. « Vous êtes ridicule habillée de la sorte ».
Je sers son café à mon aimable invité. Les rencontres avec mes clients sont souvent compliquées. Ils ne comprennent pas qui je suis, ce que je fais ni surtout ce qui les a poussés à venir me voir. L’espoir qu’ils mettent en moi s’oppose à la méfiance et au scepticisme.
Je ne réponds pas à sa provocation. Je risquerais de devenir un tantinet malpolie. Cette nouvelle mission ne doit pas m’échapper. Alors je reste calme et agréable lorsque je lui demande le but de sa visite.
« Un ami m’a parlé de vous et de vos... services. Un ami très haut placé. »
Je me souviens de son ami. Une mission bien délicate mais couronnée de succès. D’où la présence de M. Clucks aujourd’hui dans mon agence.
Mon estomac pousse un cri de famine que je ne peux contrôler. Le gros monsieur a dû l’entendre car il remet dans sa bouche cinq énormes pâtisseries.
D’une voix enfarinée et presque inaudible derrière la pâte à choux, il déclare :

Chapitre 4 : Quand un fauteuil supplie

-« Je m’ennuie » répète M.Clucks une fois ses chouquettes avalées. Un morceau de sucre reste collé à ses lèvres et mon regard a bien du mal à ne pas s’y attarder. Je dois me concentrer sur autre chose. Le regard bovin de Clucks ? Difficile.
Le pauvre homme s’ennuie. Voilà qui n’a rien de surprenant.
Mon gros client se cale de tout son poids au fond du fauteuil. Pourvu que ce dernier ne se brise pas en mille morceaux sous la charge. J’entends les grincements des pieds en bois qui n’augurent rien de bon. Cet imbécile commence même à se balancer sur les deux pieds de derrière. Le fauteuil hurle mais résiste. Que ferais-je s’il finit par céder sous ce poids? Je ne parviendrais jamais à le soulever pour l’aider. Un monte-charge peut-être ? Non, cela ne passerait pas par la cour. Il me faudrait alors peut-être appeler de l’aide ? Les costauds de l’immeuble viendraient certainement me donner un coup de main pour le remettre sur pied. Mais non suis-je bête ! Nous sommes un matin de semaine, les gens ne sont pas chez eux, ils travaillent. Il me faudrait donc attendre jusqu’au soir. Que pourrais-je lui raconter toute la journée ? Non, vraiment, le fauteuil doit tenir le coup.
« Vous vous ennuyez depuis longtemps ? »
Je dois en apprendre le plus possible sur lui.
Il semble réfléchir à ma question. Sa réflexion est accompagnée d’un gobage de chouquettes en bonne et due forme.
« Non, bien sûr que non. Ma vie a été passionnante et moi passionné. Imaginez donc, je voulais le pouvoir et je l’ai eu. Je désirais l’argent, je suis millionnaire. Après le reste a suivi : les femmes, les enfants, les amis, les voyages... Seulement depuis quelques années, je ne ris plus. »
Il baisse la voix comme honteux de se livrer :
« Plus rien ne m’exalte. Chaque journée ressemble à la précédente et aucun projet n’aiguise mon intérêt. Je vis dans un perpétuel rien. Mais je crois bien que c’est l’absence de rire qui me touche le plus. Je n’ai pas ri depuis ma petite enfance, vous imaginez ? »
Bien sûr que non, je ne peux pas l’imaginer en petit garçon ! Je le vois tout à coup apparaître devant moi en short avec ses chaussettes montantes et un blaser bleu. Ses bourrelets dépassent de partout. Un béret posé de guingois achève ce portrait ridicule. Je me retiens difficilement de rire pendant que mon client porte son regard lui aussi sur sa lointaine enfance :
« Je me souviens de fous rires mémorables en compagnie de ma mère. Elle adorait les films comiques. Surtout ceux avec cet acteur maladroit, Pierre Richard ! Je nous revois sur le canapé. Nous passions le film à pleurer de rire. Je crois même avoir fait dans ma culotte une fois. C’était le bon temps. »
Soudain, il s’inquiète :

Chapitre 5 : Quand Miss Angie se dévoile

Il me regarde les sourcils froncés.
« Dites, j’espère que vous n’êtes pas un de ces psy qui veulent me faire épouser ma mère et assassiner mon père ? Non parce que vous verriez la tête de ma mère. »
« Je n’ai rien à voir avec un psychologue. »
Quoi que parfois, je peux me le demander.
« J’ai cependant besoin de vous connaître pour trouver une solution à votre problème. »
« Ah, parlons-en de vos solutions ! » s’exclame-t-il.
Et une nouvelle bascule sur le fauteuil. Dans un bruit inquiétant, il retombe sur les quatre pieds du fauteuil. La catastrophe est une nouvelle fois évitée. Pour l’instant.
« Notre ami en commun prétend que votre agence résout les problèmes de tout le monde. Vous savez bien que c’est impossible et surtout absolument présomptueux. »
« L’expérience m’a prouvé le contraire. Chaque problème a sa solution. Bien sûr, je ne suis pas magicienne et il y a certaines choses que je ne peux faire. »
« Mmm, nous y voilà. »
« Prétendre le contraire serait en effet présomptueux. L’agence Magnet ne ressuscite pas les morts, ne rend pas riche et ne tue personne. A part cela, Magnet se propose de résoudre tous vos problèmes. »
« Vous êtes une agence de quoi alors ? Une agence à donner du bonheur ?! »
« Mon agence rend les gens heureux. »
« C’est n’importe quoi. »
Mais le regard de Clucks a changé devant mon aplomb. Il réfléchit. Les rides de son front apparaissent et une chouquette disparaît dans sa bouche.
« Pouvez-vous me garantir une totale discrétion ? Voyez-vous dans le milieu où je travaille, une démarche comme la mienne passerait pour une folie et une faiblesse. Imaginez si on apprenait que je démarche une agence pour me rendre heureux. Je ne peux pas me permettre de... »
Je ne l’écoute plus. Il est temps de lui faire signer le contrat. Le fauteuil ne tiendra plus longtemps. J’ouvre un tiroir de mon bureau pour en sortir le document rédigé quelques jours auparavant.
Je lui pose les feuilles sous le nez. Il arrête net sa tirade. Il paraît un peu surpris de mon initiative. Intrigué, il fronce les sourcils et commence à tourner les pages une à une. Sa voix gronde, menaçante.

Chapitre 6 : Quand il faut signer

Mon client regarde attentivement les pages du contrat. Son visage blêmit lorsqu’il trouve le paragraphe indiquant mes honoraires. Clucks se liquéfie littéralement devant moi.
« Vous... Vous croyez vraiment que je vais payer une somme pareille pour vos services de charlatan?! »
Il se lève d’un bond. Le fauteuil soupire d’aise. Clucks redevient rhinocéros et file vers la porte de sortie. Je dois arrêter le troupeau mais impossible de me mettre sur sa route, je n’y survivrais pas. Je me lève et crie pour écraser le bruit de sa course :
« Les honoraires seront intégralement remboursés en cas de non satisfaction du client. »
J’ai fait mouche. Il s’arrête, une main sur la poignée de la porte. Je baisse un peu la voix :
« Article 4 alinéa 3. Si dans un mois, vous n’êtes pas heureux, vous récupérez votre argent. »
Il se retourne vers moi. Son visage dégouline de sueur et ses cheveux bruns se collent sur son front en accroche-cœur Second Empire.
« Intégralement ? » parvient-il à articuler. Il donne l’impression d’avoir couru un marathon. Il a fait cinq pas.
Je lève la main droite pour jurer et prend mon air le plus sérieux. Je n’aurais pas plus de conviction une bible sous la main gauche.
« Parfaitement. »
Un nouveau pas vers moi. Son sac de chouquettes pend au bout de son bras.
« J’ai les meilleurs avocats de Paris. Ils ne vous lâcheraient pas en cas de conflit. »
« Cela n’arrivera pas. »
Il revient doucement vers moi, à pas de loup. J’ai l’impression qu’il craint de me voir m’envoler au moindre geste brusque. Un sourire encourageant aux lèvres, je lui fais signe de reprendre place sur le fauteuil. Je cherche les ennuis. Clucks s’assoit, épuisé. Il ne se départit pas d’un regard étonné et circonspect.
« Vous êtes un drôle de personnage, Miss Angie. Comment pouvez-vous être si sûre de vous ? »
« L’expérience permet une certaine confiance. »
« Vous devez être complètement folle. »
« Ou bigrement efficace. »
« Même si je signe aujourd’hui, mes avocats éplucheront le contrat. Vous ne pourrez rien m’extorquer.
« Dans quelque temps, vous serez ravi de m’avoir payé mes honoraires. »
Nous restons quelques secondes dans un silence absolu. Il me jauge et cherche à comprendre l’entourloupe. Il peut chercher longtemps.
D’un seul coup, sa décision est prise. Il dégaine un stylo de sa veste, le débouche et attrape le contrat. En quelques secondes, le contrat est signé, le stylo rebouché et Clucks affalé à nouveau dans le fauteuil. Il paraît attendre quelque chose comme si une simple signature pouvait transformer sa vie.
« Et maintenant, que se passe-t-il ? »
Je me lève pour lui signifier que notre entretien est terminé.
« Je vous contacte d’ici quelques jours. Nous prendrons rendez-vous. Il va falloir m’en dire plus sur vous, votre vie et vos habitudes.
Il se lève à son tour et me tend sa main où brille une énorme chevalière. Je pourrais m’en servir de bracelet.
« J’avoue, Miss, avoir signé plus par curiosité que par réelle conviction. Vous faites un métier bien étrange. »
Il quitte enfin mon bureau. Le fauteuil semble m’en vouloir.

Chapitre 7 : Quand il faut revoir M. Clucks

En trois semaines, tout est réglé.
J’appelle M. Clucks. Il ne m’a pas oubliée et commençait même à s’impatienter de mon silence. Je lui propose de nous voir le lendemain midi. Il accepte, trop heureux de pouvoir me raconter sa vie, son œuvre.
Au matin du rendez-vous, lorsque je sors de chez moi. Il commence à pleuvoir. À la sortie du métro, ce sont des cordes qui s’abattent sur mon parapluie. Le bas de ma robe est trempé et mes cheveux ramenés en chignon frisottent sous l’humidité. L’eau s’infiltre insidieusement dans mes bottines. Je déteste avoir les pieds trempés. Des gouttes de pluie se faufilent entre mes doigts de pieds. Absolument désagréable.
J’arrive devant la brasserie de notre rendez-vous et m’arrête quelques instants sous l’auvent pour tenter de me rendre un peu plus présentable. Mes doigts mettent de l’ordre dans mes mèches rebelles. Je ferme mon parapluie et d’un geste discret remets un peu de poudre sur mes joues. Ma montre à gousset m’indique que j’ai un quart d’heure de retard. Parfait.
Lorsque je pénètre dans le restaurant, un serveur en livrée m’accueille poliment et me débarrasse de mon manteau qui dégouline sur le sol. J’aperçois tout de suite mon client dans un coin de la pièce. Il faudrait être aveugle pour ne pas le voir. Il prend la place de trois hommes sur une banquette devant une table qui paraît minuscule.
J’inspire profondément et me dirige vers lui. Me voilà dans l’arène, prête à me battre et à gagner.
Dans la brasserie, les clients sont nombreux. Leurs voix bourdonnent. Deux grosses portes battantes laissent filtrer des bruits provenant de la cuisine. Augmentant un peu plus le brouhaha, casseroles, vaisselles et couverts s’en donnent à cœur joie. J’ai l’impression que des musiciens s’accordent. Si je poussais la porte, j’y trouverais certainement un chef d’orchestre en train de préparer son pupitre, tapant dessus avec sa baguette.
Dans la salle, les serveurs s’activent. Les clients ne leur laissent aucun répit. Tout est coordonné à la perfection comme pour un ballet. Je dois pourtant rester concentrée et mettre mon imagination de côté. Mes tergiversations vont finir par me mener en pleine comédie musicale et je vais me mettre à chanter.

Chapitre 8 : Quand le service est compris

M. Clucks m’aperçoit. Il ne bouge pas d’un pouce et ne se lève pas pour m’accueillir. Un vrai gentleman. Peut-être ne peut-il plus s’extraire de la banquette ? Il me regarde d’un air mauvais. Il n’aime pas attendre. Pour tromper l’ennui, je remarque qu’il s’est commandé un whisky. Le verre est déjà presque vide. Le bol des cacahuètes également.
Je m’asseois sans y être priée.
« Vous êtes en retard. »
« Vous êtes de mauvaise humeur. »
« Vous ne manquez pas de toupet. »
« Vous n’imaginez pas à quel point. »
Je le titille un peu mais je dois garder le contrôle et ne pas aller trop loin.
« Je me demande ce qui vous a fait choisir ce restaurant bas de gamme. J’ai mes entrées dans des lieux beaucoup plus agréables. »
Des endroits où un crédit est nécessaire pour prendre un simple café.
« De plus, je n’ai pas beaucoup de temps à vous consacrer. Une heure tout au plus. Rendez-vous compte, cela fait dix minutes que j’ai terminé mon paquet de chouquettes.
Certains comptent en minutes, d’autres en paquets de chouquettes. Ainsi va la vie.
J’appelle d’une main le serveur qui passe près de notre table. Il est temps de satisfaire les appétits gargantuesques de mon cher client.
« Très bien, avant toute chose, commandons.
« Enfin une parole sensée ! »
Un serveur s’arrête à notre table, son calepin à la main. Il ne semble pas du tout sûr de lui. Ses yeux fuient nos regards et ses mains tremblent. Il ne ressemble en rien à ses collègues. Tous fiers, droits et hautains comme se doivent d’être des serveurs parisiens.
L’homme qui nous fait face n’est tout simplement... pas assez.
Pas assez grand pour son costume, pas assez coiffé pour être crédible et pas assez confiant pour en imposer. Un souffle d’air le ferait décoller.
Clucks a tôt fait de remarquer lui aussi la singularité de notre serveur :
« Allons bon, voilà qu’on se tape le petit nouveau ! »
Le serveur toussote et, toujours les yeux baissés, ose répondre :
« Je travaille ici depuis plus d’un an, Monsieur. »
« Et bien, je n’aurais pas aimé vous connaître à vos débuts ! »
Le serveur tente de reprendre un peu de confiance en lui. Il parvient à me regarder.
« Que désirez-vous pour déjeuner ? »
Sa petite voix fluette a du mal à se frayer un chemin dans le brouhaha ambiant.
Clucks lève les bras au ciel. Enfin, il tente de les soulever car ils sont bien trop lourds pour aller au-delà de ses épaules.
« Espèce de nigaud, nous ne savons pas ce que vous proposez ! Nous n’avons même pas de carte pour choisir ! »
Le serveur se redresse et s’éclaircit la voix comme pour déclamer quelques vers shakespeariens. Sa voix reste à peine audible mais elle nous parvient un peu plus distinctement :
« Aujourd’hui, le chef vous propose une daurade royale aux nouilles braisées et ses... »
« Tiens, des nouilles ? », s’étonne M. Clucks.
« Euh, non, non, je voulais dire du fenouil, Monsieur. »
« Mais c’est pas vrai ! »
Le gros bonhomme lève les yeux au ciel et se tient le crâne d’une main. Il fait signe au serveur de continuer.
« J’ai faim », me lance-t-il comme pour excuser une patience inhabituelle.

Chapitre 9 : Quand l’esclandre est évitée... pour le moment

Quand l’esclandre est évitée... pour le moment
Le serveur reprend. Sa voix a perdu en intensité et je dois regarder ses lèvres pour le comprendre. Une goutte de sueur perle le long de sa tempe. Le stress l’entoure comme un brouillard opaque.
« Nous pouvons également vous proposer une miche aux poireaux et... »
« Une miche ? Vous êtes sûr ? » La voix de Clucks gronde. Un chien sur le point de mordre ne serait pas plus menaçant.
« Non, non, je voulais dire une quiche aux poireaux. Une quiche. » Le serveur est mortifié.
« Est-ce possible d’être aussi incompétent ? »
Je dois tempérer la situation et empêcher mon client de piquer une colère.
« Pour ma part, je prendrai la quiche. Cela ira très bien. »
M’adressant à Clucks :
« Je vous en prie, nous n’avons que peu de temps devant nous. »
Mon gros client paraît déçu. Il se voyait déjà faire un esclandre et mettre plus bas que terre le pauvre serveur. Je regarde ma montre. La menace est claire. Nous n’avons pas que cela à faire.
La faim finit par avoir raison de sa colère.
« Très bien, donnez-moi une pièce de bœuf. Cuisson à point. Et une bouteille de rouge... du Bordeaux. Le meilleur de votre cave. » Il fronce les sourcils et reprend son grognement. « Avez-vous compris ? »
Tout fier, le serveur montre son calepin gribouillé de hiéroglyphes.
« C’est noté Monsieur. Je vous remercie Monsieur. Je reviens tout de suite Monsieur. »
Clucks lève les yeux au ciel.
« Regardez-le, il marche en crabe ! »
Je reprends la main sur notre conversation.
« Pourrions-nous revenir à la raison de cet entretien ? J’ai besoin d’en savoir plus sur vous. »
Ce déjeuner promet d’être long.

Chapitre 10 : Quand les ennuis commencent

Clucks retrouve le sourire. Le sujet le passionne : lui. Il termine d’un trait son whisky et se cale tout au fond de la banquette. Je suis obligée de me pencher en avant si je veux l’entendre.
« Ah ! Vaste sujet que celui de ma vie ! J’ai vécu tellement de choses qu’il n’est guère aisé de tout résumer. »
Le plus dur reste à faire. Il me faut tenir un véritable rôle de composition : lui faire croire que tout ceci m’intéresse. Courage. Vu la tournure des évènements, je ne devrais pas attendre trop longtemps.
Je prends donc mon air le plus concentré. Mes yeux se plissent comme si je réfléchissais à la profondeur de ses paroles.
Il m’abreuve de ses succès commerciaux et de ses réussites politiques. Il récite plus qu’il ne parle. Devant moi s’étale la biographie d’un héros français entrecoupée de chapitres et d’encarts intitulés « ce qu’il faut retenir ».
Le serveur revient rapidement avec nos plats. Par un effort surhumain et grâce à une concentration absolue, il dépose les assiettes devant nous sans encombres. Une fois cette épreuve d’adresse réussie, il pousse un long soupir de soulagement, sort un mouchoir de sa poche et éponge son front luisant de sueur. Clucks grogne devant cette nonchalance.
Après avoir retrouvé son calme et son souffle, le serveur se met au garde à vous et nous déclare :
« La quiche de Mademoiselle et la pièce de bœuf de Monsieur. Je vous souhaite un très bon appétit. »
Mon voisin de table s’éclaircit la voix. Je le trouve étonnamment calme.
« Donc, pour vous, ce qu’il y a dans l’assiette en face de Mademoiselle c’est une quiche ? »
« Non, monsieur, il s’agit de notre excellente daurade. Notre chef la prépare avec... »
« Veuillez, je vous prie, me rappeler ce que Mademoiselle vous a commandé. »
Les yeux du serveur s’écarquillent lorsqu’il comprend son erreur. Son visage prend la blancheur de la nappe. Il poursuit de sa petite voix nasillarde qui part dans les aigus sous l’effet de la nervosité.
« Oh, j’ai dû me tromper d’assiette dans les cuisines. Elles sont rangées côté à côte et se ressemblent toutes. Dans la précipitation, je... »
Avant de finir sa phrase, il se penche pour récupérer mon assiette. Son mouvement est trop rapide. Le pan de sa veste emporte au passage le verre de whisky. En une seconde, ce dernier se retrouve brisé en mille morceaux sur le carrelage.

Chapitre 11 : Quand l'appel du ventre est plus fort

Le whisky renversé s’est répandu autour de nous.
« C’en est trop ! Mes chaussures vont être ruinées. Avez-vous une idée de leur prix ? Bien sûr que non, sombre crétin. »
J’ai l’horrible impression que tout m’échappe. Les choses vont trop vite et pas dans le sens que je souhaite. Il me faut encore intervenir avant que les grognements de mon client ne se transforment en hurlements.
« Je vous en prie, calmez-vous. Vos chaussures n’ont absolument rien et Monsieur s’excuse de sa maladresse. N’est-ce pas ? »
« Je suis désolé. »
« Un mot de vous Miss et nous partons d’ici. »
« Sans avoir mangé votre côte de bœuf ? »
L’appel du ventre fait encore des merveilles. Clucks retrouve son calme à la vue de son assiette fumante et appétissante. Le serveur se tient tout penaud à mes côtés. Dans ses mains gantées, il tient les morceaux de verre. Je le congédie gentiment en lui assurant que ce plat m’ira très bien. Sans ajouter un mot, il s’en retourne aux cuisines.
Clucks se jette sur sa viande comme un fauve affamé. La satisfaction et le soulagement se lisent sur son gros visage. Il ne fait même plus attention à moi, obnubilé par sa fourchette et son couteau.
Le ballet frénétique de ses mâchoires fait un bruit désagréable. Il passe sa langue sur ses lèvres juteuses et lèche son couteau à intervalles régulier. Répugnant. Un porc aurait plus de classe et de bonnes manières.
Et aurait certainement déjà remarqué mon air dégoûté et mes sourcils froncés.

Chapitre 12 : Quand la terreur s’empare de Clucks

En quelques secondes, la pièce de bœuf est avalée. Je n’ai même pas encore commencé mon plat. L’appétit m’a quittée depuis le début de cette orgie carnivore.
Clucks ne me regarde toujours pas. Il semble ailleurs. Un sourire de satisfaction se dessine sur ses lèvres brillantes de graisse. Son regard vagabonde dans la salle.
Ses yeux finissent par s’arrêter sur quelque chose derrière moi. Je me retourne et j’aperçois notre serveur qui continue sa journée de travail. Ou plutôt qui continue de cumuler les catastrophes. Clucks semble hypnotisé.
Le pauvre serveur dans son costume trop grand trébuche, se relève, pousse et chancelle. Il renverse une tasse de thé brûlant sur l’énorme chignon d’une pauvre dame. Il plante une fourchette dans la cuisse d’un homme d’affaire à moustache qui part du restaurant en hurlant. Un sac à main dépasse de dessous une chaise, il se prend les pieds dedans. Grâce à une pirouette acrobatique, il évite la chute mais atterrit sur les genoux d’un vieux monsieur. Ce dernier crie qu’on lui écrase son petit Hercule, un yorkshire qu’il était en train de caresser.
Mon client est fasciné. Il observe l’énergumène la bouche ouverte et les yeux écarquillés. Lorsqu’il me remarque à nouveau, j’ai la nette impression qu’il se demande pendant quelques secondes qui je suis.
Tout à coup, il a un mouvement de recul, une lueur de terreur passe dans son regard.
« Désirez-vous autre chose ? »
Le serveur est revenu à notre table, le sourire aux lèvres et toujours l’air embarrassé.
« Non, tout va bien », s’empresse de répondre Clucks. Il ne le sermonne plus, ne grogne plus ni ne s’énerve. Pour la première fois, je vois Clucks s’effacer devant un autre.
« Très bien, je vous débarrasse. »
Je retiens mon souffle. Tout va se jouer maintenant. Si je ne me suis pas trompée, ma mission est bientôt terminée.

Chapitre 13 : Quand les jeux sont faits

Le serveur s’empare de nos deux assiettes. Il reste dans la mienne un peu de poisson et de sauce au beurre. Je la vois chavirer.

Elle ne déborde pas. Pour l’instant.

Clucks a cessé de respirer. Il attend la suite.
Notre téméraire serveur décide, au mépris de toute prudence, de ramasser également la bouteille de vin vide. Il pose une assiette sur son avant-bras gauche et tend son bras. Pour Clucks c’en est trop. Il s’empare de la bouteille et la colle contre sa poitrine. Il la tient comme s’il détenait le plus précieux de tous les trésors.
« Non, marmonne-t-il, cette bouteille reste là. Vous devrez me passer sur le corps. Je ne vous la laisserai que lors d’un prochain voyage. »
Le serveur reste un moment interdit. La raison semble le rattraper car il prend finalement une assiette dans chaque main. Sans plus de cérémonie, il nous tourne le dos pour rejoindre la cuisine.
C’est à cet instant que je la remarque.
Elle n’a absolument rien à faire là. Ce n’est pas encore la saison. Elle doit être la seule de tout Paris.
Une mouche. Absolument quelconque et absolument inoffensive mais surtout absolument là.
S’est-elle égarée ? Vient-elle d’un pays chaud, transportée par un camion livrant des denrées alimentaires et dont le conducteur, tellement pressé de retrouver sa femme et ses enfants, n’a pris aucune pause sur la route ? Est-ce une mouche indienne, réincarnation d’une vieille tante de notre serveur, qui lui en veut à mort pour une obscure raison ? Car clairement la mouche lui en veut. Devant son nez puis autour de lui, elle virevolte joyeusement. Toute autre personne aurait froncé le nez et continué son chemin. Pas notre serveur.
Pour une raison inconnue de tous, il semble oublier qu’il porte des assiettes. D’une main énergique, il chasse l’intruse volante et bourdonnante, de l’autre, il se frotte le nez. La mouche file sans demander son reste, trop heureuse d’avoir commis l’irréparable.
Autour de nous, le temps semble s’être suspendu. Les bruits habituels du restaurant ont disparu.

Chapitre 14 : Quand l’orage gronde

Le serveur regarde un instant ses mains vides.
Ne portait-il pas quelque chose ?
Je le vois se décomposer lorsqu’il comprend enfin. Doucement, il se tourne vers Clucks.
« Oh non, oh non, oh non », ne peut-il s’empêcher de murmurer.
Une scène d’apocalypse lui fait face. Clucks ne bouge plus depuis quelques secondes. Il regarde au loin, la bouche grande ouverte. Sur sa tête trône, à l’envers, mon assiette de poisson. La sauce bien entendu lui dégouline le long des cheveux, des tempes, du nez. Elle goutte sur sa veste et sur son pantalon. D’un mouvement de tête, j’aperçois même le reste de mon poisson échoué sur ses chaussures en daim. Ses si belles et chères chaussures. Si chères.
De mon côté, je m’en sors plutôt bien. Sauce et poisson m’ont épargnée.

Tout comme le reste du restaurant, je reste immobile. Pas un cil ne bouge.
Oserais-je dire qu’on entendrait une mouche voler ?
Nous restons tous suspendus à la réaction de Clucks. Va-t-il se mettre à hurler jusqu’à exploser, se mettre à courir et tout casser dans le restaurant, ou pire, assassiner de sang-froid le pauvre serveur à l’aide d’une fourchette ou du tesson de sa bouteille de vin ?
Notre cher serveur ne se fait guère d’illusions sur son avenir : sa dernière heure arrive à grands pas. Le pauvre homme rentre la tête dans les épaules pour disparaître à la manière d’une tortue.
Peine perdue évidemment.
Clucks pousse un grognement de plus en plus fort.

Chapitre 15 : Quand un serveur maladroit fait fortune

Contre toute attente, le grondement se transforme en un rire tonitruant. L’univers tout entier est subjugué par cette réaction. Mon client se tape sur les genoux, essuie ses larmes avec les pans encore propres de sa veste, se tient le ventre.
Au bout de quelques secondes, il semble se calmer. D’une main, il retire l’assiette qui se trouve encore sur sa tête. En la regardant d’un air sceptique, son rire repart de plus belle.
Autour de nous, l’atmosphère se fait plus légère et, petit à petit, les clients et serveurs reprennent leurs activités. La fin du monde n’aura pas lieu tout de suite.
Clucks finit par retrouver son souffle et parvient à calmer son hilarité. Il se lève. Notre serveur fait un pas en arrière, encore inquiet de ce qui peut se déclencher à tout moment.
« C’est incroyable ! Mon ami, vous êtes phénoménal ! »
Moi aussi, je peux enfin souffler. Les choses fonctionnent. Tout est en place.
« Veuillez m’excusez, je... » chuchote le serveur.
« Surtout ne vous excusez pas. Vous venez de gagner un poste, un bon salaire et un patron formidable ! » s’exclame Clucks en lui tapant sur l’épaule.
Un patron formidable, on aura tout entendu !
« Je vous veux près de moi à chaque instant. Je n’ai pas ri ainsi depuis des années ! Votre fortune est faite mon ami. Je saurai vous donner envie de rester à mon service.
« Mais je ne comprends pas. Que devrais-je faire ?
« Rien ! Je vous engage pour être vous-même ! Votre maladresse et votre malchance sont un don du ciel. Avec vous, mon ennui va disparaître ! Vous... Vous acceptez n’est-ce pas ?
Je suis surprise qu’il lui demande son avis et le serveur a l’air tout aussi étonné que moi :
« Euh, oui, bien sûr...
« Alors allons de ce pas rédiger votre contrat et votre lettre de démission de ce fichu restaurant ! Mon Dieu, comme c’est bon de rire, j’ai l’impression de retomber en enfance et de... »
Il s’arrête un instant et se retourne vers moi.

Chapitre 16 : Quand Miss Angie triomphe

« C’est vous n’est-ce pas ? Vous vous êtes souvenue de tout ce que je vous ai raconté à notre première rencontre ! Ce rendez-vous était un traquenard !
« Disons plutôt un subterfuge. L’agence ne recule devant rien ! Mais êtes-vous satisfait de la solution que je vous propose ?
« Parbleu, oui ! J’ai les zygomatiques et les abdominaux fatigués et je sens que ce n’est que le début. Il semblerait que je vous aie sous-estimée, Miss Angie ! J’ignore où vous l’avez trouvé mais je l’adopte ! »
Il me tend une main énergique. Avec ses yeux rieurs et son sourire jusqu’aux oreilles, il paraît presque sympathique. Nous nous serrons la main chaleureusement. Il prend congé en inclinant la tête devant moi puis s’adressant au serveur :
« Venez, Pierre, vous avez un homme à sauver de l’ennui ! »
Il se dirige vers la sortie du restaurant. Je reste seule quelques instants avec le serveur. L’homme a encore du mal à comprendre ce qu’il vient de se passer.
« Mais pourquoi m’appelle-t-il Pierre ?
« Vous comprendrez très vite, j’en suis sûre !
« Vous croyez que je vais vraiment avoir un nouveau travail ?
« Assurément. Et n’hésitez pas pour la négociation de vos honoraires, il ne vous lâchera pas. »
À son tour, il me tend la main :
« Merci Miss Angie. Après mon licenciement du restaurant et tous ces entretiens ratés, je pensais ne jamais retrouver de travail. Je vais pouvoir conserver la garde de ma fille. C’est formidable. J’espère que cette fois, je serai moins maladroit.
« Je ne vous le souhaite pas ! »
Il prend lui aussi la direction de la sortie. En se retournant, il trébuche bien entendu sur une assiette restée au sol. Il se rattrape par un jeu de jambes acrobatique puis se tourne vers moi une dernière fois:
« Vous êtes sûre que je ne vous dois rien pour vos honoraires ?
« Rien du tout. »

Fin

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